Devenir facilitatrice d’allaitement

avec  Apasdemoa

Souvent on me demande pourquoi je parle de “facilitatrice d’allaitement” et non pas “conseillère” ? 

La réponse est simple et tient en plusieurs arguments convaincants.

D’abord, parce qu’en tant que facilitatrice, il ne s’agit pas de donner des conseils aux parents, mais plutôt de les aider à mieux comprendre les différentes données, concepts et théories qui entourent l’allaitement et la lactation. Les parents savent déjà ce qui est le mieux pour eux et leur bébé ; le rôle de la facilitatrice est donc de les accompagner de manière alignée et de les informer pour qu’ils puissent faire des choix éclairés.

Ensuite, une facilitatrice “facilite” l’accès à l’information, tandis qu’une conseillère donne des conseils, ce qui peut être contre-instinctif. En effet, en prodiguant des conseils, on risque parfois de parasiter le néocortex des parents, le surchargeant d’instructions qui pourraient empêcher leur instinct de s’exprimer, le parent cherchant alors à appliquer le conseil de manière rigide, sans réflexion, et parfois en se mettant la pression s’ils n’y parviennent pas.. Faciliter l’accès à l’information, en revanche, permet aux parents de choisir en conscience ce qu’ils veulent prendre ou laisser et d’agir instinctivement en ayant toutes les informations nécessaires à leur disposition.

Dans le contexte de la facilitation et du conseil, la différence entre apprendre à quelqu’un à pêcher et lui donner du poisson illustre deux approches distinctes pour aider les parents dans l’allaitement.

La facilitation, comparable à enseigner « comment pêcher », implique de transmettre compétences, connaissances et outils aux parents pour qu’ils deviennent autonomes et prennent des décisions éclairées en fonction de leur situation, besoins et préférences. Cette approche favorise l’autonomie, l’apprentissage et le développement personnel.

À l’inverse, le conseil, assimilé à « donner du poisson », consiste à fournir des solutions immédiates sans nécessairement permettre aux parents de comprendre les tenants et aboutissants de ces solutions ou de gérer des situations similaires à l’avenir. Bien qu’utile dans certaines situations, cette approche ne favorise pas l’autonomie et le développement personnel.

Ainsi, en tant que facilitatrice d’allaitement, l’objectif est d’enseigner aux parents « comment pêcher” en leur offrant des informations, connaissances et ressources pour comprendre les différentes facettes de l’allaitement et de la lactation et prendre des décisions éclairées en fonction de leurs besoins et de ceux de leur bébé. Le conseil, quant à lui, peut être utile mais ne devrait pas être l’axe prioritaire d’accompagnement des parents allaitants.

Prenons l’exemple de l’industrie alimentaire pour illustrer la différence entre donner du poisson et apprendre à pêcher. 

Les industriels proposent des produits transformés et prêts à consommer, offrant des solutions rapides sans nécessiter de compétences culinaires. Toutefois, les consommateurs ne comprennent pas toujours la provenance des ingrédients, leur transformation, ou les raisons du choix de ces ingrédients.

Dans ce contexte, les industriels « donnent du poisson” avec des produits clés en main, sans enseigner aux consommateurs « comment pêcher” en leur apportant des informations sur la traçabilité, la production, la nutrition, ou les impacts environnementaux, sociaux et sanitaires. Les consommateurs peuvent devenir dépendants de ces produits, donc dépendants des solutions, sans développer de compétences pour choisir et cuisiner des aliments sains et adaptés.

Si les industriels privilégiaient l’apprentissage de la pêche, ils mettraient l’accent sur la transparence, l’éducation et la responsabilisation des consommateurs. Ils pourraient fournir des informations claires sur les étiquettes, proposer des ateliers ou ressources éducatives pour cuisiner et choisir des aliments sains, et encourager une consommation responsable et durable. Cette approche permettrait aux consommateurs de développer leurs compétences et connaissances pour faire des choix alimentaires éclairés et adaptés à leurs besoins et valeurs.

En somme, être facilitatrice d’allaitement plutôt que conseillère, c’est adopter une approche respectueuse des instincts des parents et les encourager à devenir acteurs de leur propre expérience d’allaitement. La facilitatrice d’allaitement accompagne les parents sur un chemin plus long et régulier, contrairement à une conseillère que l’on va voir de manière ponctuelle en cas de problème. Cette approche permet de créer une relation de confiance et de proximité, qui favorise une expérience d’allaitement sereine et épanouissante pour les parents et leur bébé.

Ainsi, en privilégiant la facilitation plutôt que le conseil, les parents développent les compétences nécessaires pour naviguer entre les différents défis de manière autonome et en accord avec leur instinct et leurs valeurs.